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Visite du Nonce Apostolique au diocèse de Mbuji-Mayi du 2 au 8 septembre 2003
Beaucoup l’interpellaient tout affectueusement « Jovani », fléchissant le mot en langue ciluba. Certains autres le prenaient pour le pape en personne. Seuls les plus âgés avaient déjà vu un représentant du Saint-Père, en la personne du Délégué venu en 1955. L’actuel évêque de Mbuji-Mayi, monseigneur Tharcisse Tshibangu était encore séminariste. Accompagné par l’évêque de Mbuji-Mayi et son auxiliaire, monseigneur Bernard Kasanda, Giovanni d’Aniello, nonce apostolique en RDC, faisait le tour du stade de football Cikisha en ouverture de la messe du dimanche 7 septembre, avant-dernier jour de sa visite pastorale au diocèse de Mbuji-Mayi, dans la province du Kasai oriental. Le diocèse n’a été érigé canoniquement que le 3 mai 1966. Dès 1960, des troubles politico-tribales avaient fait refluer vers les terres ancestrales du Sud-Kasai des ressortissants Baluba refoulés notamment d’Elisabethville, de Luluabourg, de Luebo et de Kabinda. L’évêque de Luebo, monseigneur Joseph Nkongolo, avait émigré lui aussi, avec des prêtres, des religieuses et religieux de sa tribu. Les évêques de Kabinda, Georges Kettel, et de Kananga, Bernard Mels, lui cédèrent quelques portions de leurs territoires. Rome entérina le partage. Accueilli par tousDans un stade de Cikisha rempli de monde, monseigneur Tshibangu a exprimé
au représentant du Saint-Père les sentiments d’attachement filial de
l’Eglise de Mbuji-Mayi au pape et au Saint-Siège. « Pendant deux
ou trois générations, le souvenir sera gardé de votre visite », a
pronostiqué Tharcisse Tshibangu, au nom de tous ceux qui s’étaient
associés pour accueillir le nonce apostolique : le gouverneur de
province, Jean-Marie Mbala, ses deux adjoints et toutes les autorités
civiles et militaires, les chefs des confessions religieuses et des
communautés chrétiennes, des laïcs catholiques, les journalistes, les
responsables de la société minière de Bakwanga (MIBA) ainsi que toute
l’Eglise et toute la population de Mbuji-Mayi. Depuis le 2 septembre, le nonce apostolique, venu de Kananga, aura rencontré toutes les couches de la population. Il a visité les malades dans les hôpitaux, rencontré le clergé, les religieuses et religieux, les laïcs, les jeunes, célébré l’eucharistie avec tous; il a inauguré la télévision diocésaine Fraternité/Buena Muntu, visité les écoles, les maisons de formation religieuse et sacerdotale ; il a posé la pierre angulaire pour l’agrandissement de l’église Sainte Marie et pour l’érection de la Grande Bibliothèque de référence de Mbuji-Mayi. A la messe du stade de Cikisha, le dimanche 7 septembre, le nonce a réitéré à tous les salutations, prières et bénédictions du pape. Il a remercié tout le monde pour l’accueil et pour le don à l’Eglise de nouveaux prêtres.
Anciens et nouveaux prêtresPendant cette eucharistie, monseigneur Giovanni d’Aniello a ordonné huit nouveaux prêtres diocésains et le premier prêtre de la congrégation des missionnaires Franci-trinitaires, le père Richard Ntumba. Aux nouveaux prêtres, le nonce a rappelé le besoin de la cohérence avec le oui prononcé et de la relation spéciale qu’ils entretiennent avec Dieu depuis leur ordination, eux qui sont désormais des consacrés, c’est-à-dire des personnes mises à part dans leur être pour agir dans la personne du Christ. Le nonce apostolique a invité les fidèles à aider de leurs prières et de leur amitié les prêtres qui devront à leur tour les accompagner sur le chemin de la foi. Au total, 93 prêtres concélébraient à la messe d’ordination au stade de Cikisha. Dans la suite des trois évêques présents, ils ont imposé la main neuf cadets. Le nonce apostolique a apporté à Mbuji-Mayi la lettre de Jean-Paul II élevant au rang de chapelain de sa Sainteté le pape l’abbé Léon Tshibuabua, qui fête cette année ses cinquante ans de sacerdoce. Le nonce lui a fait porter une ceinture violette accompagnant le titre de « monseigneur ». Jeunes, catholiques et fiers de l’êtreMonseigneur Léon Tshibuabua est un exemple de persévérance pour les jeunes prêtres et pour tous les autres jeunes que le nonce apostolique a rencontrés. Ce sont des centaines de jeunes et enfants courant dans tous les sens qui l’ont accueilli, le samedi 6 septembre, à la paroisse Notre Dame de Lourdes. La paroisse a reçu de nombreux refoulés du Katanga, et elle est appelée à recevoir le prochain sanctuaire pour les pèlerinages. Le vendredi 5 septembre, dans la cathédrale saint Jean, le nonce apostolique avait reconnu que la population de Mbuji-Mayi était visiblement jeune en majorité. Il parlait aux délégués des mouvements de jeunesse : scouts, Kiro, Jeunes de la lumière, Kizito-Anuarite, Amis de Don Bosco. « Vous êtes une force au sein de l’Eglise. Travaillez pour que la génération à venir soit comme vous engagée dans la foi », les a-t-il exhortés. Un délégué des jeunes l’a rassuré en relevant le fait qu’à Mbuji-Mayi, les jeunes catholiques sont fiers de l’être et de plus en plus, même s’il leur manque beaucoup et notamment des manuels de formation. « Donnez-vous la main pour construire non seulement le Congo mais un monde meilleur. Semez la paix, la joie, l’amour ». Le nonce l’a dit ainsi le vendredi 5 septembre aux jeunes de la chorale de la Fraternité qui l’avaient convié dans la salle de spectacles du Club Miba pour un concert de musique classique et de divertissement. La chorale fêtait ses dix ans d’âge. Elle fut constituée à l’origine par des enfants refoulés du Katanga. Dieu, vérité des chercheurs et refuge des orphelinsAvant la cathédrale saint Jean, au « Centre Dieu soit béni », centre d’hébergement pour orphelins et enfants abandonnés, le nonce apostolique avait déclaré son affection particulière pour les enfants. « Dans l’Eglise, il n’y a pas de personnes abandonnées ; le Seigneur vous a choisie pour donner l’amour. Et ce qui ne doit jamais manquer, c’est l’amour, même quand vous n’avez rien à manger », a répondu le nonce à l’adresse de Marie-Louise Tshibuabua, qui a fondé le centre et le tient depuis juillet 1980. Répondant quelques minutes auparavant au mot de bienvenue du professeur Raphaël Kalengayi, recteur de l’Université du Kasayi, le nonce apostolique a insisté sur la nécessité d’un lieu de culte où les jeunes iraient recueillir la force divine et la vérité, puisque la vie et la vérité, c’est Dieu. « La prochaine fois, il y aura une chapelle de prière ici », a promis l’évêque de Mbuji-Mayi, monseigneur Tshibangu. A l’Institut Supérieur Pédagogique, l’aumônier de la paroisse universitaire, l’abbé Simon Kalenga, a carrément remis au nonce, entre autres cadeaux, le plan d’une future chapelle. C’était le lundi 8 septembre, jour de la rentrée scolaire en République Démocratique du Congo. Avant de quitter Mbuji-Mayi, ce 8 septembre, le nonce n’a pas manqué de bénir les élèves du collège épiscopal saint Pierre et du lycée catholique Mua Njadi. Voilà les futurs cadres catholiques du pays. Des catholiques crédiblesSoyez crédibles. Monseigneur Tharcisse Tshibangu exhortait ainsi les membres de la Caritas diocésaine, et il les félicitait en leur remettant des malles d’habits reçus de Belgique en faveur de nécessiteux du diocèse. La cérémonie se déroulait le samedi 6 septembre dans la grande salle de la Caritas, lors de la rencontre entre le laïcat et le nonce apostolique. La Caritas diocésaine fêtait ses dix ans d’existence, à compter de sa deuxième création en 1993. Au tout début, il s’agissait d’accueillir des milliers de Kasaïens refoulés de la province du Katanga. Après une phase d’aide d’urgence, la Caritas diocésaine s’est redéfinie, restructurée et professionnalisée, réalisant de grands projets humanitaires et de réhabilitation en vue de redonner à l’homme sa dignité de personne créée à l’image de Dieu, combattant la misère sous toutes ses formes, contribuant à redonner espoir et vie aux personnes et communautés par la promotion humaine et sociale. Monseigneur Tshibangu n’hésite jamais, pour sa part, à confier des responsabilités à des laïcs compétents. C’est le cas pour la Caritas. Et le responsable du conseil de l’apostolat des laïcs catholiques le confirma dans son discours devant le nonce : il attribua aussi au laïcat le dynamisme et le zèle spirituel du jeune diocèse de Mbuji-Mayi. L’épiscopat de Mbuji-Mayi a institué le Conseil diocésain de l’apostolat des laïcs dans le souci de voir l’Eglise devenir plus performante dans son effort de promotion humaine intégrale, dans sa participation au développement du pays, grâce à des talents variés. Par ailleurs, la visite pastorale du nonce apostolique à Mbuji-Mayi a donné l’occasion à l’Association Diocésaine des Cadres Intellectuels et Dirigeants, l’ADICAD, de faire sa sortie officielle. Au cours du repas offert par l’association à monseigneur Giovanni d’Aniello au club Miba, le 7 septembre, monseigneur Tshibangu a expliqué que l’association a été créée le 28 août 2003, en la fête de saint Augustin, afin d’aider à bâtir le Royaume de Dieu dans l’Eglise et dans le monde, de bâtir la cité des hommes comme la cité de Dieu. Les laïcs de Mbuji-Mayi se partagent la tâche du développement avec les nombreux consacrés.
Consacrés, mis à part pour le SeigneurLe diocèse de Mbuji-Mayi compte quelque 200 prêtres, une centaine de religieux et près de trois cents religieuses. Les congrégations religieuses sont 27 dont 18 féminines. Quatre instituts séculiers desservent également le diocèse. Le plateau de Lukelenge abrite ainsi le petit séminaire saint Thomas et bien des couvents. Dans la belle église du monastère Mamu wa Bupole, Notre-Dame de la Paix, des sœurs Clarisses, le samedi 6 septembre, monseigneur Giovanni d’Aniello a pu apprécier la vitalité de ces communautés religieuses lors de la messe de profession religieuse qu’il a présidée, entouré de l’évêque de Mbuji-Mayi, monseigneur Tharcisse Tshibangu Tshishiku et de l’auxiliaire Bernard-Emmanuel Kasanda. Une quarantaine de prêtres concélébraient. L’assemblée comptait en majorité des religieuses et religieux. Quatre sœurs Thérésiennes de Mbuji-Mayi, les sœurs Bernadette Kapinga, Béatrice Ntumba, Josée Muswamba et Chantal Mbiya ainsi que quatre frères de la congrégation diocésaine des Frères Franci-trinitaires, Alphonse Nshimba, André Kanku, Célestin Lusamba et Oscar Luseka ont prononcé leurs vœux perpétuels de religion.
Pour
sa part, le nonce apostolique remercia d’abord pour l’ambiance
paradisiaque créée par la liturgie et notamment par la chorégraphie
parfaite réalisée par les sœurs clarisses. Le nonce appela les
religieuses et religieux de Mbuji-Mayi à se renouveler dans leur
engagement, dans la sainteté, à « repartir du Christ », lui
qui est le centre, le point de départ et le point d’arrivée de la vie
consacrée et de la vie pastorale. Le nonce en appela aussi à la charité
comme ouverture à l’humanité, surtout à l’humanité souffrante, aux
enfants et aux malades. Toujours à l’essentielA chaque étape de cette visite pastorale à Mbuji-Mayi, à chacune de ses prises de parole, le nonce apostolique aura touché le cœur de sa mission. Les nombreux discours à lui adressés ne pouvaient pas manquer de formuler quelques demandes d’aide matérielle. Il les a écoutés. Mais il a sans cesse rappelé l’essentiel : Dieu, l’amour, l’humain. Dans son homélie prononcée au stade de Cikisha, il a eu un seul regret : ne pas connaître la langue ciluba pour pouvoir rencontrer plus profondément le cœur du peuple. Lors de la conférence de presse tenue le 8 septembre, il a déclaré toute son admiration pour le dynamisme du diocèse de Mbuji-Mayi.
Jean-Baptiste MALENGE Kalunzu
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